Blended Scotch Whisky · Écosse · 70cl · 45,6 %
James Eadie's Trade Mark X
Blended Scotch Whisky · Recette victorienne ressuscitée · 14 distilleries
L'un des tout premiers whiskies enregistrés comme marque commerciale au monde, disparu en 1947, ressuscité en 2017 à partir des registres victoriens originaux et d'une bouteille des années 1940.
Il existe peu de blended scotch whiskies dont l'histoire remonte à une date précise et vérifiable. Le James Eadie's Trade Mark X en fait partie. Le 16 mai 1877, James Eadie, brasseur prospère de Burton-on-Trent, enregistre le logo « X » sous le nouveau Trade Mark Registration Act, faisant de ce blend l'une des toutes premières marques déposées dans l'histoire du whisky écossais. Le « X » n'est pas un symbole aléatoire : c'est une référence directe à Cross Street, l'adresse de sa brasserie fondée en 1854. Servi dans plus de trois cents pubs de l'empire Eadie à travers les îles Britanniques, ce blend attire l'attention du critique Alfred Barnard en 1889, qui le décrit comme une ancienne mixture écossaise dispensée à quelques privilégiés.
En 1933, la brasserie est rachetée par Bass. Le blend survit jusqu'en 1947, puis disparaît. Pendant soixante-dix ans, la composition exacte du Trade Mark X reste inconnue, jusqu'à ce que Rupert Patrick, arrière-arrière-petit-fils de James Eadie, découvre par hasard les registres d'achat victoriens aux National Brewery Archives de Burton-on-Trent en 2017. Ces livres de comptes manuscrits, datant des années 1870, révèlent distillerie par distillerie, fût par fût, la recette exacte du blend. Armé de ces archives et d'une des rares bouteilles des années 1940 survivantes dans la famille, Rupert Patrick confie la résurrection à Norman Mathison, maître assembleur avec plus de cinquante ans d'expérience, considéré comme l'un des meilleurs de sa génération en Écosse.
Or ambré aux reflets dorés, d'une belle clarté naturelle. Sans colorant ajouté, la teinte reflète directement les apports des fûts de chêne américain et de xérès utilisés pour le vieillissement des composants du blend.
Ouverture généreuse sur les raisins secs imbibés de sherry, avec une légère fraîcheur de sucre glace. Une tourbe herbeuse et discrète se glisse progressivement, accompagnée d'une noix huileuse et de pruneaux. Avec le temps dans le verre apparaissent le chocolat noir, les sultanines, le massepain et de subtiles touches de piment et de sel marin.
Chocolat épicé à la menthe, sirop, prunes et pruneaux, café torréfié. Une deuxième vague de fumée douce s'installe, portant les baies rouges mûres et la cassonade. La texture est nourrie, grasse sans être lourde, témoignant de la qualité des malts insulaires et speysidiens assemblés. L'embouteillage sans filtration à froid à 45,6 % se perçoit directement dans l'ampleur en bouche.
Longue et persistante, sur des notes d'abricot juteux et de poire mûre qui rappellent les Speysides soyeux de l'assemblage. Une légère cendre fumée marque la sortie, signature discrète mais précise des malts insulaires d'Islay et de Skye présents dans le blend. La finale ne sèche pas : elle s'étire avec une certaine élégance.
✦ L'assemblage & ses 14 distilleries
La recette victorienne répertoriait 16 whiskies. Rupert Patrick a pu en réunir 14 pour la version actuelle du Trade Mark X. Douze sont des distilleries encore en activité : Glenturret, Blair Athol, Glendronach, Benrinnes, Craigellachie, Aberlour et Dailuaine pour les Highlands et le Speyside, Talisker pour l'île de Skye, Caol Ila et Lagavulin pour Islay, et Cameronbridge pour le grain. La treizième est Cambus, distillerie de grain fermée définitivement en 1993 puis démolie. La quatorzième est Littlemill, distillerie de malt fermée en 1994 et rasée par un incendie : retrouver des stocks de ces deux distilleries fantômes a constitué l'un des défis majeurs de la résurrection du blend, tant leurs whiskies sont devenus rares et convoités. Une distillerie de Campbeltown entre également dans la composition sous réserve de confidentialité.
Tous les malts et grains qui composent le Trade Mark X sont vieillis dans l'un des deux types de fûts qu'utilisait James Eadie au XIXe siècle : le chêne américain ex-bourbon, qui apporte les notes douces et fruitées des Speysides, ou le bois de xérès, qui renforce la profondeur, les fruits secs et l'ampleur du blend. L'assemblage final, réalisé par Norman Mathison, est embouteillé à 45,6 %, soit exactement 80° de preuve impériale, le standard victorien d'embouteillage de l'époque de James Eadie. Sans filtration à froid, sans colorant ajouté.
Les 14 composantes du blend
Single Malts : Lagavulin (Islay), Caol Ila (Islay), Talisker (Skye), Aberlour (Speyside), Craigellachie (Speyside), Dailuaine (Speyside), Benrinnes (Speyside), Glendronach (Highlands), Blair Athol (Highlands), Glenturret (Highlands), Littlemill (fermée 1994), distillerie de Campbeltown (confidentielle)
Single Grains : Cameronbridge (en activité), Cambus (fermée 1993, démolie)
Fûts : Chêne américain ex-bourbon et bois de xérès, conformément aux spécifications des registres de 1877
Embouteillage : 45,6 % (80° Imperial Proof), sans filtration à froid, sans colorant
Rupert Patrick et Norman Mathison : Rupert Patrick, arrière-arrière-petit-fils de James Eadie, a mené la résurrection du blend après avoir passé sa carrière chez Diageo, Beam Suntory et MacLeod Distillers. La réalisation technique du blend a été confiée à Norman Mathison, l'un des rares maîtres assembleurs écossais à disposer de plus de cinquante ans d'expérience active dans le secteur. Ensemble, ils ont dégusté les bouteilles des années 1940 survivantes dans la famille pour calibrer le profil aromatique cible avant d'assembler la version contemporaine.
🍫
Chocolat noir et fruits secs
Les notes de chocolat épicé et de prunes en bouche s'accordent directement avec un carré de chocolat noir intense ou une gâterie aux raisins secs et aux noix. La complexité du blend tient sans difficulté face à l'amertume du cacao.
🧀
Fromages à pâte persillée ou affinée
Un roquefort ou un stilton bien affiné entrent en dialogue avec les fruits secs et la profondeur du sherry présent dans le blend. L'accord avec les blends écossais de qualité et les fromages persillés est une tradition britannique bien documentée.
🥩
Viande fumée ou rôtie
Les malts insulaires d'Islay et de Skye dans le blend apportent une légère fumée qui dialogue naturellement avec des viandes fumées ou rôties. Un agneau rôti au four, un bœuf en croûte ou un jambon fumé en sont des partenaires pertinents.
🍑
Desserts aux fruits mûrs
La finale sur l'abricot juteux et la poire mûre se prolonge avec des tartes aux fruits jaunes, des compotes de prunes ou un crumble de fruits d'automne. Les Speysides de l'assemblage y trouvent un écho naturel et frais.
🌡️
Température
16 à 18 °C, quelques gouttes d'eau bienvenues
🍸
Moment idéal
Dégustation soignée, en solitaire ou à deux
🥃
Verre
Verre tulipe type Glencairn
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Pourquoi le James Eadie Trade Mark X est-il considéré comme l'un des premiers whiskies à marque déposée au monde ?
Le Trade Mark Registration Act britannique a été adopté en 1875. Le 16 mai 1877, James Eadie enregistre le symbole « X » sous cette nouvelle législation, faisant du Trade Mark X l'un des tout premiers whiskies à bénéficier d'une protection de marque formelle. À cette époque, la quasi-totalité des whiskies écossais n'avaient aucune identité commerciale protégée. Ce dépôt a permis au blend de se développer dans plus de trois cents pubs à travers les îles Britanniques avec une identité propre et reconnaissable.
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Comment la recette originale du Trade Mark X a-t-elle été retrouvée ?
En 2017, Rupert Patrick découvre par hasard aux National Brewery Archives de Burton-on-Trent les registres d'achat manuscrits de son arrière-arrière-grand-père, datant des années 1870. Ces livres de comptes recensent distillerie par distillerie, fût par fût, chaque achat réalisé pour composer le blend. Combinés à l'analyse organoleptique d'une des rares bouteilles des années 1940 retrouvées dans la famille, ces archives ont permis à Norman Mathison de reconstituer le profil aromatique original avec une précision remarquable.
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Pourquoi utiliser des whiskies de distilleries fermées comme Cambus et Littlemill dans un blend commercial ?
Cambus, distillerie de grain fermée en 1993, et Littlemill, distillerie de malt fermée en 1994 et détruite par un incendie, étaient toutes deux présentes dans les registres d'achat originaux de James Eadie. Pour Rupert Patrick, fidélité à la recette victorienne signifiait fidélité aux distilleries, y compris aux fermées. Il a donc traqué des stocks existants de ces deux expressions devenues extrêmement rares sur le marché. Cela explique en partie le prix et le caractère premium de cette cuvée : les composants provenant de distilleries fantômes ne peuvent être reconstitués ni remplacés.
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Le Trade Mark X est-il un whisky tourbé ? Comment se positionne-t-il par rapport à d'autres blends écossais ?
Le Trade Mark X est légèrement tourbé, avec une fumée discrète et équilibrée issue des malts insulaires de Lagavulin, Caol Ila et Talisker. Cette tourbe n'est pas dominante : elle joue un rôle de structure et de profondeur, comme c'était courant dans les grands blends victoriens, qui cherchaient l'équilibre entre les Speysides soyeux et les insulaires fumés plutôt que la puissance phénolique. Par rapport aux blends écossais standards du marché, le Trade Mark X est nettement plus complexe et plus riche aromatiquement, en raison de la qualité exceptionnelle des malts assemblés et de l'embouteillage sans filtration à froid.